LAM - Les Afriques dans le monde

Axe 2 - Conflits, Territoires, Développement

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Responsables : Hervé MAUPEU (UPPA) & Bernard CALAS (Univ. Bordeaux 3)

Comment penser dans les Afriques d’aujourd’hui la question du territoire et du « développement » ? Alors que, après le flottement des années 1990, le continent se réinscrit dans les affaires internationales comme source d’opportunités mais aussi de risques, et dans cette situation d’extraversion accentuée, la question des territoires se pose avec une force singulière. Il s’agira donc d’étudier les jeux d’acteurs, leurs aspirations et leurs stratégies et les tensions qu’elles suscitent sur les territoires, sites où se croisent les identités et les intérêts, les réseaux commerciaux, les régulations et les projets de communautés morales – la définition même des territoires, leur représentation symbolique comme politique est bien sûr le premier enjeu des luttes, comme en témoigne la montée des revendications au nom de l’autochtonie. On portera donc l’attention à la globalisation des territoires, mais aussi à leur segmentation, à leur recomposition et à leur rémanence, au déploiement sur ces territoires des réformes économiques et financières, mais aussi politiques et environnementales (« projets » de développement, gestion durable, décentralisation, idéologies du développement communautaire). Les conflits qui se nouent autour des territoires aboutissent parfois à des mobilisations violentes, qui seront également étudiées, de même que les ordres locaux et les dynamiques de stabilisation. L’objectif est ici de mettre en évidence les dynamiques, modalités et procédures qui président à l’insertion des territoires des Afriques dans le mouvement de globalisation. Cet axe sera structuré autour de cinq priorités de recherche.

A. Compétitions et collaborations autour des biens environnementaux

Depuis l’époque coloniale, l’Afrique est perçue – et intégrée à l’économie mondiale – comme un vaste réservoir de matières premières agricoles, minières ou énergétiques. Après la crise qu’a traversée le continent dans les années 1980 et 1990, l’émergence de nouvelles grandes puissances économiques au Sud, fortes consommatrices de matières premières, la question du changement climatique et la montée des tentatives internationales de régulation de l’environnement ont beaucoup fait pour réinscrire l’Afrique, ses ressources naturelles et ses réserves environnementales souvent considérables, au cœur de l’actualité.

Cette actualité immédiate, à l’échelle-monde, s’emboîte dans des histoires locales complexes et variées, qui combinent des systèmes fonciers pluralistes et instables, une pression démographique croissante et la montée de revendications politiques au nom de l’autochtonie, des zones pétrolières du Nigeria au bassin cacaoyer ivoirien. La mise en œuvre de la « responsabilité sociale des entreprises », la conservation et ses transformations, la gestion communautaire des ressources (par exemple au travers des aires marines protégées) ou encore les campagnes internationales pour la transparence des industries extractives sont autant d’objets dont les chercheurs doivent s’emparer.

Pour analyser les mosaïques socio-territoriales dessinées par ces forces, on empruntera aux différentes disciplines – la réflexion géographique en termes d’accessibilité ou de justice spatiale, l’étude des 2 effets d’enclave et de rente, la sociologie des mobilisations internationales et locales ou encore l’analyse de la gouvernance multi-niveaux et des réseaux de politique publique.

B. Terres et sociétés paysannes : nouveaux débats

Si les grandes métropoles africaines et les formes culturelles qui s’y développent suscitent un intérêt croissant, il importe de faire retour sur les campagnes d’Afrique, qui ont souvent été les grandes sacrifiées des tentatives de « développement » menées par les États depuis l’indépendance, l’exploitation des rentes agricoles finançant souvent les États et leurs clientèles urbaines. Souvent mal placées pour défendre leurs intérêts (on se rappellera ce que Marx disait des paysans parcellaires), condamnées à esquiver le pouvoir, les campagnes sont longtemps restées du mauvais côté de la citoyenneté inégale, héritage colonial signalé dans l’Afrique postcoloniale par Mahmood Mamdani et Achille Mbembe.

Remises au-devant de la scène par la multiplication des acteurs qui convoitent les ressources foncières, alimentaires, aquatiques ou en biomasse, par le développement des plantations (horticulture kényane, par exemple), voire de délocalisations agricoles gigantesques (cas malgache), les zones rurales connaissent aujourd’hui également des formes d’urbanisation intermédiaire. Elles sont connectées aux villes comme au monde au travers des nouvelles technologies de communication et des migrations internationales qui se généralisent pour affecter aujourd’hui l’ensemble des terroirs et remettent en question les notions de distance et de présence ; elles sont également travaillées par la relance des dynamiques de développement rural, l’action des ONG et de la coopération décentralisée. De quel développement ces dynamiques sont-elles porteuses ? Va-t-on vers une fin des paysans africains avec la mise en œuvre d’une agriculture capitalistique ? Avec quel impact social et politique ?

C. Richesse, pauvreté, inégalités

Si l’on a pu un temps penser que les Afriques étaient en voie de déconnexion de l’économie-monde, les années 2000 ont apporté un net démenti. Malgré (ou grâce à ?) une libéralisation économique ambiguë, les sites classiques de différenciation socio-économique, au premier chef desquels l’État, ont survécu à la crise et d’autres chemins se sont ouverts ou massifiés, par exemple via les migrations internationales, l’industrie de l’aide ou encore l’économie illégale, voire la violence armée. Dans le même temps, la « pauvreté », notion éminemment politique, est devenue l’objet d’actions publiques internationales spécifiques. Une approche interdisciplinaire permettra de réfléchir aux dynamiques d’enrichissement et de paupérisation, en suivant essentiellement deux pistes.

On s’attachera d’une part à explorer les processus d’accumulation et leurs implications en termes d’inégalités sociales et spatiales. Quelles sont les stratégies des acteurs africains de l’accumulation ? À quels risques (économiques, mais aussi moraux et politiques) sont-ils confrontés et comment les gèrent-ils ? Si les accumulations africaines, sur la longue durée, se font d’abord par l’« extraversion », la connexion avec l’étranger, quels sont les sites privilégiés des accumulations contemporaines, les organisations et les réseaux ?

On se posera d’autre part la question des inégalités et de la relative importance de la pauvreté dans les villes d’Afrique. Celles-ci, dont les mutations sont particulièrement rapides, sont en effet les enregistreurs privilégiés des contradictions liées à l’accumulation : territoires privilégiés de l’accumulation et espaces de sa manifestation, les villes d’Afrique sont travaillées en profondeur par les inégalités. Le débat concernant la mesure de la pauvreté urbaine est devenu un enjeu politique important depuis l’adoption des « Objectifs du Millénaire », mais il est problématique notamment puisqu’il n’existe pas en Afrique, sauf exception, d’outils statistiques fiables sur cette question. Une analyse à l’échelle continentale de la pauvreté urbaine est d’autant plus difficile que les définitions de ce qu’est un bidonville ou un slum varient selon les États. De nombreux chiffres sur le nombre de pauvres dans les villes du Sud circulent néanmoins dans le monde médiatique et scientifique : une analyse critique des processus de définition et de production statistique de la pauvreté urbaine paraît donc indispensable aujourd’hui.

D. Sociétés (in)civiles : violences et négociations

Depuis l’époque coloniale, le regard occidental associe volontiers l’« Afrique » à la violence, sans d’ailleurs voir toujours ce que l’expérience africaine de la violence doit à la relation avec l’Occident. Mais il faut arriver, au-delà de l’évidence humanitariste compassionnelle, à voir combien la violence et les conflits ne sont pas l’inverse du « développement », mais bien souvent des éléments constitutifs de ce développement.

Toute une série de pays africains ont traversé une phase de violence politique dans les années 1990, non sans lien avec les tensions qu’ont connues alors les États et les économies du continent. À la suite de l’économiste Paul Collier, une série d’analystes ont tenté d’analyser les conflits d’Afrique comme de simples entreprises de brigandage, suscitant une vive controverse. On sait maintenant combien les conflits s’inscrivent non seulement dans des compétitions strictement économiques, mais aussi dans des luttes autour de visions du développement, du territoire, de l’identité et de la justice en matière de répartition des ressources – bref, qu’elles sont historicisées. Si cette lecture plus « épaisse » rend maintenant bien compte du passage à la guerre dans les Afriques, on connaît encore mal les mécanismes de la stabilisation et du retour à la paix. On s’attachera ici à deux pistes principales : l’élaboration des ordres locaux et l’action internationale dans les conflits africains.

Tout d’abord, on s’efforcera d’analyser les conflits comme moments potentiellement productifs d’ordres nouveaux. Ainsi, dans les conflits, les économies sont rarement détruites, mais bien plutôt recomposées en profondeur : des ressources et des réseaux d’échange sont détruits, mais d’autres apparaissent, transformant les systèmes de prix et les mécanismes de l’échange plus largement. Des ordres locaux émergent progressivement, négociés entre les groupes armés et certains acteurs locaux (commerçants, hiérarchies traditionnelles ou communautés). L’étude de ces mécanismes, qui restent souvent invisibles, en dessous de la « grande politique », est centrale pour comprendre comment la guerre fonctionne et comment la paix peut venir.

En second lieu, on poursuivra l’étude des tentatives internationales de mises en ordre : en effet, dans leurs conflits aussi, les Afriques sont traversées de part en part par les forces globales, ONG de médiation, forces de paix internationales ou africaines, justice internationale, campagnes autour des mines antipersonnelles ou du commerce du diamant. En partie parce que la sociologie du travail international, qui est forcément multi-sites et multi-niveaux, pose des problèmes méthodologiques, ces tentatives de régulation et leurs effets sont encore mal connus : quel impact les acteurs internationaux ont-ils vraiment ? Sont-ils toujours les « idiots utiles » au service d’acteurs locaux plus impliqués et plus habiles ou bien les pions des grandes puissances ? À quelles conditions peuvent-ils influencer le jeu ?

E. Des métropoles (dés)ordonnées

Le continent africain est resté à l’écart du débat académique sur les « villes globales » qui anime depuis plus de vingt ans les études urbaines du Nord. Les années 1990 marquent néanmoins le renouvellement d’un intérêt institutionnel et scientifique pour les villes du Sud à la faveur des réformes de décentralisation et de la reconnaissance par les institutions internationales du poids des villes du Sud dans la croissance économique mondiale. Par ailleurs, l’urbanisation « non maitrisée » du continent africain a suscité des interrogations nouvelles sur ce que signifiaient l’urbanisme, l’informel et le désordre apparent de ses métropoles: les oubliés et les exclus de la mondialisation auraient transformé les villes du Sud en bidonville global; l’informalité de la ville ouest-africaine serait au contraire à l’avant-garde d’une « modernité globalisante» alors que la capacité des citadins à se réapproprier les biens culturels du monde témoignerait de la mondialisation avancée des villes d’Afrique. Réhabiliter l’informalité ou vanter les mérites du développement économique et démocratique local procède cependant d’un processus de dépolitisation dans lequel les solidarités locales semblent l’emporter sur les conflictualités politiques.

La priorité ici est plutôt d’analyser le rôle des organisations citadines militantes, qu’elles soient associatives, professionnelles, ou de voisinage (« vigilantes », milices, police communautaire, ONG, associations locales, réseaux de socialisation politique et religieuses) qui défient l’autorité publique soit pour bénéficier d’un accès privilégié à ses ressources et services, soit pour suppléer ses fonctions. Ce faisant, ces organisations produisent une multitude d’ordres politiques qui concurrencent moins l’État et les gouvernements locaux qu’elles ne participent de leur « formation continue ». Elles incarnent et véhiculent des normes sociales qui témoignent des divisions anciennes souvent héritées de la période coloniale (aînés / jeunes, hommes / femmes, migrants / citadins de vieille souche, éduqués / analphabètes), divisions qui se rejouent néanmoins sans cesse dans la pratique quotidienne notamment entre le leadership et la base. Plus généralement, elles produisent des territoires (espaces contrôlés par ces organisations ou espaces auquel s’identifie une population selon deux des principales définitions retenues par les géographes) qui, à première vue, accentuent les processus de divisions spatiales et de relégation sociale. Mais ces organisations génèrent simultanément des appartenances citadines, citoyennes, transnationales parfois véhiculant un imaginaire cosmopolitain qui transcendent ces appartenances territoriales étroites : ce processus reste jusqu’à présent peu étudié à l’échelle des métropoles africaines.

LES PROGRAMMES DE L'AXE 2

  •  La fabrique des politiques de lutte contre la faim entre savoirs experts et mobilisations sociales (Vincent. Bonnecase, Chantal Crenn &Jean-Hervé Jézéquel)

La faim réapparaît comme un problème majeur en ce début de XXIe siècle. Alors que les experts réunis au sein des conférences internationales ont multiplié depuis plusieurs décennies les déclarations d’intention promettant l’élimination ou la réduction prochaine de la sous-alimentation et de la malnutrition dans le monde, la récurrence des crises alimentaires et la multiplication des manifestations de colère face à l’augmentation des cours des denrées vivrières semblent sanctionner l’échec des politiques en la matière. L’objectif de ce programme est de mener une réflexion autour des modalités concrètes d’élaboration des politiques nationales et internationales de lutte contre la faim, du triple point de vue des concurrences institutionnelles, de l’expertise et des mobilisations sociales. Il part de l’hypothèse que ces politiques, loin d’être conditionnées par la seule réalité alimentaire ou nutritionnelle, dépendent de paramètres extra-alimentaires parmi lesquels la colère sociale, les rivalités entre les acteurs institutionnels et la production des savoirs experts jouent un rôle important. Le projet, lancé en septembre 2012, a débouché sur l’organisation d’un premier colloque international en janvier 2013. Si les terrains à l’étude se situent principalement en Afrique et au Sahel en particulier, d’autres zones de recherche pourront être envisagées à des fins comparatives. Toutes les disciplines de sciences humaines et sociales sont concernées, puisque si l’accent a été au départ mis sur la science politique, l’histoire et la socio-anthropologie, le programme inclut désormais des entrées en géographie et en économie.

Sujets de mémoire proposés :

  • Les politiques alimentaires et nutritionnelles dans un pays
  • La place des savoirs agronomiques et / ou nutritionnels dans l’élaboration des politiques internationales contre la faim
  • Étude sociologique d’une organisation (ACF / PAM / FAO)
  • Mouvements contre la vie chère et émeutes de la faim dans un pays
  • Le droit à l’alimentation en pratique

 

  •  Les politiques d'exclusion xénophobe en Afrique : mobilisations, ordres locaux et violence (Laurent Fourchard & Aurélia Segatti) ANR Xenafpol, 2011-2013.)

Alors que la population africaine continue de croître et de se déplacer, les sociétés africaines ont vu leur hétérogénéité sociale, culturelle, linguistique et économique augmenter. Des mouvements migratoires récents, volontaires ou sous contrainte, et les formes d’inclusion et d’exclusion qui les accompagnent contribuent à une redistribution rapide du pouvoir et de l’espace qui en même temps qu’elle se fait très visible est encore mal comprise. Ce phénomène est aujourd’hui particulièrement visible dans différents pays du continent en raison des violences visant plus spécifiquement des étrangers ou des groupes identifiés comme étrangers ethniques, politiques ou religieux. Ce projet a pour objectif de documenter ces phénomènes dans deux domaines en particulier : d’une part, en ce qui concerne les dynamiques sociales à l’œuvre sur le continent africain entre autochtones et allochtones, nationaux et étrangers ; d’autre part, en ce qui concerne le rôle de l’Etat dans la gestion de la diversité et des différentiations socio-économiques. Le projet vise donc aussi à interroger les usages communs et scientifiques des notions de xénophobie, autochtonie, indigénéité, ethnicité…. Il se différencie de l’étude des groupes violents cherchant à conquérir les pouvoirs centraux régionaux ou nationaux, et des approches en termes d’économie de guerre, de conflits armées ou de (ré)émergence des milices dans les contextes de démocratisation. Trois questions de recherche principales orientent les travaux du programme: 1. L’historicité, le rapport à l’espace et au pouvoir dans la production de politiques d’exclusion. 2. Les formes de mobilisation, de contre mobilisation et de démobilisation 3. La construction de l’Etat entre retrait et enracinement. Le programme est centré sur quatre pays (Nigeria, Afrique du Sud, Kenya et RDC) mais peut inclure d’autres pays dans le cadre d’un mémoire de master.

Sujets de mémoire proposés :

            - Analyse comparée de la construction de la notion d’étranger en Afrique

            - Sociologie et scénographie d’une mobilisation violente (à partir d’une étude de cas)

            - Le rôle de l’État dans la manufacture des différences (à partir d’un pays).

 

  • Risque(s) et gouvernance du risque (Jean-Philippe Berrou)

La notion de risque est aujourd’hui au cœur du processus décisionnel des acteurs politiques comme économiques. Les sociétés modernes développées seraient des « sociétés du risque » (Bech). Les sociétés et économies en développement, et tout particulièrement les pays émergents, dont les dynamiques d’évolution économique, politique, sociale, technologique, environnementale sont rapides et difficilement prévisibles sont eux aussi devenus une source importante de risque pour l’ensemble de l’économie mondiale et des relations internationales. Le management du risque est ainsi devenu un enjeu central pour la gouvernance politique (politiques publiques) et privée (entreprises, ONG…), qui se traduit par des pratiques très hétérogènes selon les secteurs d’activité et les pays. Les diverses grilles d’analyse existantes, au-delà de leur aspect instrumental, montrent cependant une notion complexe, peu stabilisée, sur laquelle une réflexion, interdisciplinaire reste à construire. L’objectif de ce projet est de structurer à Bordeaux une recherche pluridisciplinaire sur le(s) risque(s), sur le plan des théories mobilisées, des méthodologies construites et enfin des applications qui en découlent.

Les réflexions se structurent autour de la thématique des « instruments et échelles du risques ». Elles visent dans cette perspective à articuler construction des savoirs autour du risque (relatifs aux instruments d’évaluation - risk assesment - et de gestion - risk management -  du risque) et pratiques des acteurs. Cette articulation peut être interrogée à différentes échelles et faire intervenir différents acteurs.  Plusieurs lignes de réflexion sont en cours : 

La manière dont les pratiques communautaires de gestion des risques dans les pays du Sud sont réappropriées et réinsérées dans des mécanismes plus institutionnels portés par des organisations publiques, non-gouvernementales, internationales  (des systèmes de micro-finance et micro-assurance aux systèmes d’alertes précoces par exemple)

La construction des indicateurs de risque et vulnérabilité macroéconomique et politique (type risque pays par exemple) : au-delà de la technologie statistique de construction des indicateurs, il s’agit également d’analyser la manière dont ils sont portés/imposés sur la scène publique par différents acteurs (construction d’un marché : organisations internationales, agences de notation, laboratoire de recherche…) et dont ils influencent la pratique et la décision politique.

Un volet recherche-action est également développé autour de la construction des instruments et des outils d’analyse du risque pays et du risque projet. Il s’agit ainsi de consolider et de valoriser l’expertise menée depuis plusieurs années à Sciences Po Bordeaux au travers des études risque-pays et risque-projet conduites par les étudiants des Masters GRPS et GEA.

 

  •  Acteurs, normes, pratiques et enjeux autour de la prévention de la transmission du VIH/sida de la mère à l’enfant (PTME) au Cameroun (Josiane Tantchou & Annick Tijou)

En 2005, seules 11 % environ des femmes enceintes vivant avec le VIH ont accédé à un dépistage du VIH, à un conseil et à des interventions prophylactiques à base d’antirétroviraux au cours de leur grossesse (OMS 2007). Au Cameroun, en 2009, 228 812 femmes enceintes ont été testées dans le cadre de la PTME (prévention de la transmission de la mère à l’enfant) et 6,9% étaient déclarées séropositives. Parmi les 15 765 femmes séropositives, 9 092, soit 57,7% ont bénéficiés de la prophylaxie ARV et 7 290 enfants exposés ont été mis sous prophylaxie ARV ce qui est en-deçà des 8 158 enfants mis sous prophylaxie ARV en 2008. 8 940 enfants nés de mères séropositives parmi lesquels 9,7% testés à PCR étaient positifs, ce qui est inadmissible.

Ce projet se propose d’ethnographier de manière précise les programmes de prévention de la transmission du VIH/sida de la mère à l’enfant mis en place dans deux régions périphériques du Cameroun, Maroua et Garoua. Le but général est de comprendre les raisons de leur faible performance d’une part, et de faire ressortir d’autre part, avec la pleine participation des femmes infectées, les moyens à mettre en œuvre pour améliorer l’efficacité de ces programmes. Pour ce faire, le présent projet étudiera la mise en place concrète des programmes PTME au Cameroun, depuis l’appropriation des normes définies au niveau international par les instances nationales, jusqu’à leur implémentation locale, en se donnant deux objectifs :

1/ Identifier les acteurs du « réseau PTME » tel qu’il se donne à voir au Cameroun en mettant en évidence les relations entre les différents acteurs, les enjeux et les contraintes auxquelles ils doivent faire face.

2/ Documenter de manière concrète, avec des études de cas précises le processus prévention de la transmission du VIH/sida de la mère à l’enfant lui-même, en étudiant les procédures, les écarts entre les normes et les pratiques réelles, les causes de ces écarts, les mécanismes par lesquels la vie biologique des individus est suivie, tracée, et réglée pendant une durée précise, les types de « travaux » (écriture, archivage…) que cela suppose, et dans quelle mesure tout cela participe à façonner l’expérience des femmes. Il s’agira aussi d’analyser la perception de ces programmes PTME par les femmes VIH+ ayant ou non été partie prenante de ces programmes.

Ce projet est exclusivement de nature qualitative. Nous nous proposons de « faire du terrain » dans la durée. Cela consistera à « être avec les acteurs », les suivre dans leurs activités, observer leur relations les uns avec les autres, leurs interactions, discuter avec eux et écouter leurs dialogues, pour comprendre ceux qui savent se faire entendre, mais aussi ceux-là qui sont souvent oubliés ou dont la voix n’est pas suffisamment audible; rendre donc à chacun des acteurs la place qui lui revient.

Sujet de mémoire : Au terme de ce projet de deux ans, nous espérons faire émerger « de l’intérieur », une vision des programmes PTME, de leurs ratés, failles ou imprévus d’une part mais aussi et surtout des éléments, stratégies, pour renforcer leur efficacité.  Pour cela il est important de comprendre la trajectoire des normes qui structurent la prise en charge des femmes enceintes infectées par le VIH. Où, par qui sont-elles conçues ? Comment circulent-elles ? Comment elles sont « traduites » aux niveaux des États et adaptées aux contextes locaux.

 

  •  Phénomènes de contestation et de violence politique : étude notamment de milices et de leur rapport au champ politique en situation de régime hybride (Jérôme Lafargue)

Il s'agit de repérer les interactions à l'œuvre entre ces groupes et l'autorité politique (gouvernementale, oppositionnelle, extérieure), le rôle qu'ils jouent, leur degré d'autonomisation. Pour cela, une étude micro s'impose au préalable :  outre les questionnements basiques (nombre d’adhérents ; durée de présence ; âge, sexe, parenté ; goûts et préférences ; accoutumances diverses ; spécialités ; expérience du combat de rue ; degré d’obéissance ; modalités du passage à l’âge adulte ;  mécanismes de recrutement ; rituels d’intronisation), la réflexion porte sur le sens de l'engagement (fonction symbolique de l'entrée en milice : second foyer, opportunité de nouveau départ, moyen de contester l’autorité des aînés), sur les pratiques sociales à l’intérieur des groupes (que se passe-t-il lorsque les membres ne font pas ce pour quoi ils sont payés - attaques, protections, trafics, intimidations ? Quelles sont leurs pratiques quotidiennes - où vivent-ils, que consomment-ils, qui voient-ils ? Quels sont leurs réseaux extérieurs au groupe ? Ont-ils encore des liens familiaux, sentimentaux ? Quels sont les liens entretenus avec la religion ? ), et sur le développement de techniques alternatives de coercition (quelles sont les modalités nouvelles de contraintes des corps ? Comment la terreur est-elle répandue ? De quelle façon certaines milices inventent-elles de nouvelles formes de juridictionnalité ?).

 

  • Enfants Victimes, Enfants Précaires et Jeunesse "Violente" en Afrique de l’Est (Burundi, Kenya, Ouganda, Rwanda) : Réalités, Perceptions et Prises en Charge (ANR dirigé par Christian Thibon, directeur de l’IFRA-Nairobi)

Dans la région de Grands Lacs, en Afrique orientale, la vulnérabilité et la précarité qui touchent la jeunesse (enfants et  jeunes adolescents) se sont accrues ces dernières années avec plus ou moins d’intensité en raison de la situation politique conflictuelle ou post-conflictuelle dans la région. Selon le contexte économique voire épidémiologique des pays, elles s’imposent comme une réalité structurelle dans les villes et dans les campagnes et s’accompagnent d’une multiplication de situations extrêmes.

La dégradation ou le plafonnement des indicateurs sociodémographiques (mortalité infantile et juvénile), socioculturels (scolarisation), nutritionnels (malnutrition) et les synthèses nationales  annuelles n’en témoignent qu’en partie, alors que  la société civile, les ONG et la communauté internationale en dévoilent de plus en plus les manifestations violentes.

Ainsi depuis plusieurs années, s’est imposée la question sensible des violences subies par les enfants, en particulier celles des « enfants soldats », une condition déconcertante qui dévoile une double violence, la violence subie mais aussi une violence portée par cette jeunesse.

 

  • Géopolitique du Proche-Orient, l’agriculture au cœur de la conflictualité (Pierre Blanc)

Pierre Blanc, enseignant-chercheur en Géopolitique (HDR), Bordeaux Sciences Agro (autres rattachements, Institut français de géopolitique, Paris8 et Iremmo, Paris).

Après avoir débuté par un travail sur la géopolitique de Chypre en tant que champ de confrontations multi-échelles, Pierre Blanc s’est déplacé vers le Proche-Orient où il s’intéresse aux rivalités de pouvoir, à leurs déterminants, aux acteurs impliqués et aux implications territoriales de la conflictualité. Il s’intéresse aussi à la dimension agricole de la conflictualité régionale. L’agriculture n’est évidemment pas neutre en termes de sécurité alimentaire, de couverture spatiale et de contrôle du territoire, de revendications territoriales et d’horogenèse, de mobilisations sociales, de disputes foncières et hydrauliques qui sont toutes des questions éminemment géopolitiques.

Il est actuellement impliqué dans deux programmes de recherche. L’un sur la région de l’Oronte, un bassin versant à cheval sur le Liban, la Syrie et la Turquie. Ce projet coordonné par l’IHEID de Genève et l’université de Lausanne vise à renseigner de façon holistique (de l’archéologie à la géopolitique) l’existant d’une région peu investie par la recherche.

L’autre projet dénommé « agrifirmes » financé par l’ANR et coordonné par François Purseigle et Geneviève Nguyen (ENSA Toulouse)  vise à analyser les dynamiques de firmes agricoles, Pierre Blanc étant en charge de l’analyse géopolitique du phénomène, en particulier dans le monde arabe.

 

Les programmes relevant de l'axe 2 portés par des partenaires

  •  Rurban Africa (African Rural-City Connections) (2012-2016), Programme européen international et interdisciplinaire, regroupant :
    - Au Nord : Loughborough Univ.(UK), Univ. of Copenhague(Dk), Univ. of Raboud (NL), IIED International and French Univ.(PRODIG/Paris 1, Rural dynamics.Tlse2, LAM/Bdx3 et CERAMAC/Clt-Fd)
    - Au Sud : Univ. of Dschang (Cameroun), Sokoïne univ. (Tanzanie), National Univ. of Rwanda, Univ. of Ghana

La composante française est pilotée par l’UMR Dynamiques rurales, Université de Toulouse (participation de Bernard Calas, François Bart & Bénédicte Thibaud)

The overall objective of the African Rural-City Connections (Rurban Africa) project is to explore the connections between rural transformations, mobility, and urbanization processes and analyze how these contribute to an understanding of the scale, nature and location of poverty in sub-Saharan Africa. This will include critically scrutinizing the assumption that migration from rural areas to cities is one of the major development challenges faced by national and local governments in their efforts to stimulate economic growth and curb poverty. This overall objective will be met by obtaining an improved understanding of:

1/ How agricultural transformation and socio-economic dynamics in rural areas marked by different forms of commoditization and land tenure systems interact with rural-urban resource flows
2/ The impacts of agricultural transformations and city dynamics on rural livelihoods, especially with regard to access to resources, income diversification and mobility, and how these relate to emerging patterns of inequalities and rural poverty
3/ How city growth and urbanization processes reflect socio-economic and demographic change, failures as well as successes in rural development, and how this impacts on urban economies and livelihoods
4/ How the dynamics of urban poverty relate to the nexus of rural-urban linkages and how this impacts on access to services in urban low-income areas.
5/ How regional, national and local policies and knowledge environments address rural-city connections in relation to poverty reduction, and how new insights into these issues can stimulate policy dialogue and research capacity, in particular across the sub-Saharan region

The project focuses on four countries: Rwanda, Tanzania, Cameroon and Ghana. The selection of case countries rests on the ambition to account for diverse sub-Saharan African national experiences of rural-city connections and developmental pathways to curb poverty.

Dans le cadre de ce programme, des sujets de mémoire de master pourraient être envisagés sur des problématiques autour de la ressource en eau sur le château d’eau est-africain que représente la montagne du Kilimandjaro.

 

  •  UNPEC. Urban National Parks in Emerging Countries, ANR piloté par Frédéric Landy, Nanterre (participation de Bernard Calas)

Dans quelle mesure le mode de gestion d’un parc national urbain est-il révélateur du degré, des dynamiques et des formes d’émergence d’un pays et d’une ville ?

La question des parcs nationaux est en général considérée sous l’angle d’un antagonisme entre conservation (de la nature) et développement (des sociétés). Il existe une abondante littérature scientifique sur le sujet, qui prône une approche participative permettant d’intégrer les populations locales à la politique de protection et, de ce fait, de concilier équité et efficacité. Revisiter cette question dans le contexte des mégapoles des pays du Sud dont deux se situent en Afrique (Rio de Janeiro, le Cap, Bombay, Nairobi) oblige à abandonner une partie des conclusions habituelles, au risque du politiquement incorrect : quand une partie des parcs nationaux, très proches de grandes agglomérations en forte croissance, est conquise ou risque de l’être par des bidonvilles, par des résidences bourgeoises ou d’autres activités, peut-on encore prôner la cogestion et la participation des habitants ? La complexité du sujet est encore renforcée par son cadre international : celui de pays émergents, à des degrés divers. Car que signifie « l’émergence », sinon, en termes socio-culturels, la juxtaposition de groupes de plus en plus contrastés, dont les systèmes de représentation de la nature sont divergents ? Le processus d’émergence modifie la composition et la dynamique des classes sociales et fait du parc un lieu et un révélateur de rencontres et de conflits, au Brésil, en Inde, en Afrique du Sud et même dans des pays comme le Kenya, marqués par des crises économiques et politiques récurrentes, pour lesquels « l’émergence » semble encore être un objectif à atteindre plus qu’un réel processus de développement. Enfin, le processus d’émergence met en lumière les nouveaux enjeux de ces parcs : dits « nationaux », mais inscrits dans une dimension locale à l’échelle de l’agglomération urbaine, ils sont confrontés au défi d’une gestion qui doit se faire en tenant compte de ces multiples échelles.

 

  •  Projet TCRAF-Eu : “Effects of Transnational Child Raising Arrangements on Life-Chances of Children, Migrant Parents and Caregivers between Africa and Europe”, 2010-2013 (participation de Jeanne Vivet)

Alors que les politiques migratoires européennes sont de plus en plus restrictives, il est difficile à l’ensemble d’une famille d’émigrer ensemble. Les familles transnationales constituent une réalité sociale importante dont les conséquences ont été peu analysées, alors que la question des renvois des migrants vers leur pays d’origine a été largement étudiée. Ce projet européen comparatif est coordonné par V. Mazzucato et financé par Norface. Il s’intéresse au fonctionnement de familles transnationales africaines (lorsqu’au moins un parent vit en Europe alors que les enfants sont restés dans le pays d’origine, en Afrique) et s’appuie sur plusieurs études de cas (Nigeria-Irlande, Angola-Portugal, Ghana-Pays-Bas). Ce programme analyse les modes de fonctionnement des familles transnationales et les divers impacts, émotionnels, économiques, éducatifs liés à la séparation. Comment s’organisent les relations et la parentalité malgré la distance ? Quelles sont les stratégies mises en place par les différents membres de la famille ? Comment les conflits sont-ils gérés ? L’étude de ces familles construites dans un espace transnational permet de réfléchir sur le rapport des individus aux territoires – qui sont à la fois discontinus et réticulés et sur  les notions de « maison » et d’ « habiter ».
http://fasos-research.nl/tcra/tcraf-eu/ Univ. de Maastricht, ICS Lisbonne, Université Corke, FAFO, Oslo.

 

  •   Places and belongings : « circular » conjugality between Angola and Portugal. ICS Lisbonne / FCT (Projet coordonné par M. Grassi –2012-2015, participation de Jeanne Vivet)

Dix ans après la fin de la guerre civile, l’Angola connaît des taux de croissance économiques exceptionnels, liés principalement aux ressources pétrolières et minières et aux chantiers de reconstruction. Dans un contexte de forte récession économique au Portugal, de plus en plus de Portugais prennent la décision de partir en Angola où de nombreuses entreprises portugaises sont installées et où ils ont davantage d’opportunités professionnelles. Aujourd’hui il y a trois fois plus de migrants Portugais en Angola que d’Angolais au Portugal (plus de 100 000 Portugais travaillent en Angola, essentiellement des hommes). À rebours de l’étude des flux migratoires de l’Afrique vers l’Europe, cette recherche s’intéresse donc aux migrations de travail du « Nord » vers le « Sud », entre deux pays dont les liens historiques, économiques et culturels sont très forts. Ce programme pluridisciplinaire, centré sur les hommes qui ont migré seuls, a plusieurs objectifs : étudier les particularités de ces migrations économiques qui s’inscrivent dans un contexte post-colonial, analyser l'émergence de nouvelles formes conjugales entre couples vivant séparés et la redéfinition des rôles de genre, et enfin réfléchir sur la reconstruction de la signification de la maison ("home") pour ces migrants.

 

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