LAM - Les Afriques dans le monde

Axe 3 - Culture, identifications, création

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Responsables : Alain RICARD (CNRS-IEP / LAM), Dominique CHANCé (Université Bordeaux 3)

Il s’agit, dans le cadre de cet axe, d’appréhender les interactions, nombreuses et complexes, entre culture, identifications, création (artistique, littéraire, musicale, théâtrale, cinématographique, etc.) et changement social, tout en faisant une large place aux TIC dans leur articulation à la gouvernance et en ce qui concerne les usages dont ils font l’objet dans les pays des Suds, et notamment dans les Afriques. Culture, identifications et création sont ici perçues d’emblée comme des constructions historiques, en constante recomposition, au rebours de toute considération culturaliste ou substantialiste. En appréhendant ces notions de manière historicisée, on s’efforcera de comprendre les lignes de fracture et de solidarités des sociétés étudiées, et les registres utilisés pour structurer ces sociétés, d’en comprendre la généalogie et l’historicité. Une attention particulière sera portée à l’analyse des cultures politiques et aux lieux et acteurs de leur fabrication, ainsi qu’aux imaginaires et aux représentations. Pour ce faire, on peut passer par les vecteurs tels que les langues, la littérature, la musique, les arts et le cinéma. On peut également passer par les médiateurs tels les journalistes et les médias, internet, les blogs, et échanges via les TIC, mais aussi les écoles et plus largement l’éducation via l’école et en dehors.

Dans un contexte de crise, de conflits, de tensions, les pratiques de création sont une expression, mais aussi un appel, un lieu et un lien. À nous de savoir entendre ces appels, repérer ces lieux et saisir ces liens : dimension clairement transdisciplinaire, mais aussi transversale. Cinq grands ordres de questionnements structureront cet axe.

A. Interroger les capacités des acteurs locaux

Les thèmes de l'autosuffisance, de la self reliance, de « kujitegemea » (en kiswahili : « dépendre de soi-même ») ont une longue histoire politique dans les Afriques. Ils mettent l'accent sur l'initiative des acteurs locaux, sur la capacité à compter sur ses propres forces. Quand les ONG parlent aujourd'hui de « renforcement des capacités », c'est sur ces ressources qu'elles veulent s'appuyer. Ainsi s'est formé le concept d'agency, diversement traduit en français, mais que des anthropologues traduisent par « agencéité » et que l’on peut comprendre comme la capacité à agir. Son intérêt est de mettre l'accent sur les initiatives locales – naguère on aurait dit du « bas » ! – et de ne pas se limiter au domaine politique, de montrer que la capacité d'entreprendre est présente dans le domaine économique, mais aussi culturel, religieux, voire politique. Le terrain, lieu de la pratique, est le lieu de l'initiative : l'information s'acquiert par la conversation plus que par l'observation. C'est de cette capacité à vouloir entreprendre pour créer du neuf que nous voulons partir. Elle est sans doute au cœur du succès de la notion d'agency qui substitue à l'afropessimisme une conscience vive, acquise sur le terrain et non lors de reportages, des efforts des acteurs locaux. Il n’y a là aucune idéalisation des pratiques mais, non plus, aucune réduction à des clichés faciles, laissant percer une sentimentalité trouble (« Arche de Zoé ») ou une mise en scène trompeuse (« Cauchemar de Darwin »). Les acteurs de terrain ne sont pas réduits à être les objets de forces qui les privent de toute capacité d'action. Ce point est celui qui fonde notre intérêt de recherche : mise en valeur et solidarité avec les acteurs locaux. C'est là une question disciplinaire (anthropologique) mais aussi « transdisciplinaire ». C’est le moment de la « reconnaissance » des acteurs.

Le terrain est un moment d'expériences et une pratique d'interaction cognitive tout à fait essentielle. La défense d'une certaine « épaisseur » épistémologique du terrain est un point qui rassemble les membres de cette nouvelle UMR : l'opacité du local est la première des rencontres.

B. (Re)penser l’articulation du local et du global

Le contexte des relations avec les Afriques et les Suds est en partie bouleversé par les technologies de l’information et de la communication (TIC). Il y a une fracture numérique dans les possibilités d'accès, mais des modes de relations nouveaux se créent dans cette connectivité généralisée ; ils posent la question de nouvelles solidarités, de nouveaux processus de création, voire de nouvelles citoyennetés. Le terrain est à situer dans cette nouvelle dimension. Il ne suffit pas de rester devant un écran pour comprendre ce qui fait bouger le monde. Il y a plusieurs façons de « réifier » le monde : le considérer comme enfermé en communautés closes sur leur identité, mais aussi ne le percevoir que comme un ensemble de données virtuelles. Il serait absurde de penser que l'écran ne change rien. Par exemple, il favorise une liberté de ton et de titre dans les « journaux par terre » qui reprennent des articles sur internet, les photocopient, les titrent à leur façon, les disposent sur le trottoir et les vendent. Fracture numérique et fossé médiatique sont ainsi comblés par un seul geste de ces entrepreneurs souvent informels ; le cybercafé se combine avec le trottoir comme lieu de l'information ! Tout travail sur les pratiques culturelles met donc en jeu cette connectivité généralisée des réseaux, des « associations », et des entrepreneurs. Cela a des conséquences sur notre relation à ces problèmes : une grande diffusion de ces problématiques suscite un intérêt chez nous, qui provoque une demande d'expertise, qui aille au-delà de ce que l'écran procure. De nouvelles solidarités se créent tout comme des malentendus peuvent se nouer.

Des usages nouveaux combinent la presse locale et internet, les grands réseaux et les réseaux locaux. Les relations entre le local et le global sont à penser dans ce nouveau contexte. Si l’on accepte l’idée que nous travaillons sur des pratiques culturelles et non sur une culture homogène, close et plaquée sur un groupe déterminé, et qu’il faut la concevoir, comme le suggérait Paul Ricœur dans un de ses derniers textes, comme un entrelacs de rayonnements émanant de foyers, se mêlant et se transformant mutuellement en permanence, la question des changements provoqués par les nouvelles TIC prend une nouvelle dimension, et les processus de création sont mieux inscriptibles dans une chaîne de relations local / global / local.

C. Décrypter et traduire les systèmes de signes

La pensée linéaire qui analysait le passage de l'oral à l'écrit est aujourd'hui bousculée par de nouvelles pratiques de relation entre les moyens de communication. Ce point est important pour les actions de développement. Il impose une nouvelle attention aux problématiques de l'alphabétisation : l'écriture intervient dans un contexte culturel, fait l'objet de modes d'appropriation locaux, segmentés, répartis sur plusieurs langues. En somme, nous avons besoin d'une réflexion plus générale sur les systèmes de signes et sur leur traduction. Croire, par exemple, que la francophonie serait un atout suffisant de communication est illusoire dans beaucoup de situations. La priorité au terrain, la méthode de la conversation, le recueil des textes et leur interprétation font éclater les disciplines traditionnelles. Les notions de littérature populaire, d'oralité, sont très mal armées pour rendre compte de ces expressions. De plus, ces expressions sont souvent le lieu d'une remise en circulation de « mythologies » (par exemple Chaka et la royauté zouloue, Ogun et les dieux yoruba) que l'histoire et l'anthropologie peuvent interroger. Les schémas linéaires ne rendent pas compte de ces nouvelles dimensions de la mémoire. Les projets culturels impliquent des groupes qui veulent être vus, entendus, compris, et poursuivent des stratégies sociales et politiques, en même temps que des projets esthétiques. Les relations entre culture et politique se jouent peut être d'abord à ce premier niveau (local). Les expressions artistiques qui, à l'intérieur des pratiques culturelles, ont leur propre autonomie et leur historicité ne sont pas des contenus en attente d'analyseurs et d'interprètes ; ce sont des performances qui prennent sens en tant que telles et par rapport à leur medium. Les artistes veulent être compris ainsi, et ils ont le droit de réclamer cette forme d'interprétation. Il y a une autonomie de la pratique, dans les Afriques aussi !

D. Des dynamiques Nord-Sud aux dynamiques Sud-Sud

Ces processus ne sont plus à considérer dans une dimension uniquement Nord-Sud mais aussi Sud- Sud. La transversalité des relations est une dimension postcoloniale très importante : le colonialisme a créé partout des frontières et des protections. Ces barrières sont très fortes et sont souvent des frontières d'autant plus imperméables qu'elles sont invisibles. Ainsi, les conflits des Grands Lacs ont bien montré qu'il fallait en finir avec des divisions en zones d'influence qui empêchaient de voir l'ampleur des déplacements (de pouvoir, de richesses, de population). Les rapports linguistiques, musicaux, culturels entre les pays du Sud doivent être pris en compte dans leur originalité, leur autonomie et leurs dynamiques propres. Dans cette perspective, le chercheur du Nord se trouve amené à considérer sa place dans l'économie de la recherche. Le thème de la réflexivité de la recherche est une exigence politique. Comment se construisent nos pratiques, quelle place les acteurs du Sud y tiennent-ils ? Ne donnons-nous pas une priorité indue à ces relations Nord- Sud qui sont fondamentales dans le financement mais qui risquent de perpétuer des situations de rente scientifique ? Comment essayons-nous d'aider à créer de nouvelles structures Sud-Sud ? En somme, la pratique du terrain nous impose de ne pas en rester au local, au dialectal, mais de considérer le véhiculaire, le global dans son interaction avec le local, dans la tension qui lui donne sens.

E. Questionner les façons d’entreprendre

Le processus de création peut être compris comme une chaîne du sens : une articulation d'acteurs multiples qui réinterprètent et re-fabriquent à leur manière textes et objets. La création culturelle est certes toujours et partout une affaire de bricolage, de récupération, de détournement et d'appropriation. Dans des Afriques qui ne sont plus seulement « magiciennes de la terre » mais « banlieues » et « miroirs du monde », les thématiques des identifications et de la créolisation sont ici les plus pertinentes. Une sociologie des façons d'entreprendre permet de comprendre comment se distribuent les pratiques culturelles : il y a des pratiques artisanales et des pratiques de masse. Il y a une chaîne de la production culturelle – une chaîne du sens : on peut appeler cela des processus de création. Une attention particulière sera portée aux processus de mobilisation identitaires – ethniques ou religieuses –, aux « niveaux de diasporas » (noires, caribéenne, africaine…) issues de la traite servile et des émigrations et ré-émigrations récentes, même s’il est entendu que toute migration ne produit pas de diaspora. Les acteurs de ces processus – entrepreneurs politiques, économiques, sociaux, religieux – et leurs ressources, les cadres institutionnels et formes d’institutionnalisation de ces espaces, modes et processus d’identification et de mobilisation seront étudiés selon une double approche : par le « haut » et par le « bas », et en fonction des interactions permanentes entre société politique et société civile.

Création est un terme générique : il peut s’appliquer aux productions culturelles, mais aussi bien au politique, à l’économique ou au social ; elle est le résultat de l’application, dans des systèmes de contraintes donnés (« contexte ») de la capacité d’agency des acteurs sociaux, qui se déploie dans les interactions qui les associent ; la création laisse des traces que l’on va trouver notamment dans les pratiques et les productions culturelles (au sens le plus large du terme, y compris, par exemple la religion, mais ce peut être aussi le travail sur l’espace) ; pratiques et produits culturels sont l’un des champs d’investigation dans lesquels il est possible de découvrir des représentations sociales, notamment du politique (de la société, de son organisation, de ses hiérarchies) et des codes symboliques qui « épaississent » les points de vue des acteurs et les manières dont ils sont transmis dans une perspective etic / emic. Les représentations que se font les acteurs (emic) sont un domaine indispensable d’investigation pour comprendre comment ils se positionnent dans la société où ils vivent, comment ils y estiment leur capacité d’action (auto-définition de l’agency) et, en fonction de cette estimation, prennent des décisions d’action, ou non ; c’est à partir des représentations que se font les acteurs (emic) que l’observateur peut construire les représentations des acteurs (etic) et de leur société qu’il va diffuser dans ses travaux.

 

LES PROGRAMMES DE L'AXE 3

  • « Pôle Caraïbe – Amériques noires et sociétés créoles » (Christine Chivallon)

Présentation générale du « Pôle Caraïbe – Amériques noires et sociétés créoles »
Sciences Po Bordeaux accueille depuis 4 années le programme d'enseignement « France Caraïbe », fondé par Robert Lafore et Christine Chivallon qui en sont toujours coresponsables avec Florence Gaillet qui les a rejoints. Ce programme est développé en étroite collaboration avec LAM qui apporte son soutien. Il s'établit en partenariat avec l'Université des West Indies (Jamaïque) et l'UAG (Martinique). Il reçoit le soutien de la DREIC (Direction des relations européennes et internationales et de la coopération - Ministère de l'Education nationale, Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche). Cet enseignement préparant au Master implique la mobilité des étudiants (une quinzaine recrutée chaque année) qui effectuent leurs études d'une année à l'autre sur chaque site. Au total, en fonction de la rotation, plus d’une trentaine d'étudiants antillais et métropolitains qui suivent ce programme, se trouve réunie sur le site bordelais et forme ainsi un public étudiant concerné par les thématiques de l'axe 3 touchant en particulier aux sociétés de la Caraïbe. Ce programme débouche également sur la préparation de thèses : deux sont actuellement préparées au sein de LAM. Depuis le début, cette formation s'effectue en synergie avec un groupe de recherche créé par Christine Chivallon et Michel Cahen au sein de l'ex-CEAN (groupe GRAMSCIT : voir rubrique ci-dessous : « programmes du Pôle »). Ce groupe développe des opérations scientifiques pour activer les différentes collaborations que suppose la mise en œuvre de ce dispositif d'enseignement et de recherche. Le GRAMSCIT s'intéresse à la contemporanéité des sociétés formées dans la matrice esclavagiste. Son fonctionnement s'appuie pour beaucoup sur les liens extérieurs à LAM, notamment ceux avec le CIRESC (Centre International de Recherche sur les Esclavages http://www.esclavages.cnrs.fr/spip.php%3Frubrique57.html ) ou encore ceux établis avec des chercheurs extérieurs devenus chercheurs associés de l'ex-CEAN (Pauline Guedj, anthropologue, Université de Lyon 2 ; David Howard, géographe, Université d’Oxford ; Mathieu Claveyrolas, anthropologue, EHESS-CNRS ; Matthieu Renault, philosophe, chercheur contractuel, Université de Paris 13 Nord…) . Dans ce cadre, des séminaires « délocalisées » sont programmés dont le prochain se tiendra à la Jamaïque en avril 2014, avec pour thème « Perspectives croisées sur la Caraïbe. Institutions, États, cultures, concepts ». Les activités du GRAMSCIT telles que ce séminaire s’appuient sur les collaborations inter-centres adossées au « Programme France Caraïbe » dont le « Sir Arthur Lewis Institute of Social and Economic Studies » (SALISES, Jamaïque) ; le « Institute of International Relations » (Saint-Augustine, Trinidad), le « Centre de Recherche sur les Pouvoirs Locaux dans la Caraïbe » (CRPLC-CNRS, Université Antilles-Guyane, Martinique) et Les Afriques dans le Monde (Sciences Po Bordeaux)

- Pour plus d'information sur le « pôle Caraïbe » au sein de LAM, voir la circulaire du GRAMSCIT
- Voir aussi la plaquette du LAM, p. 26.
- Sur le Programme d'enseignement France Caraïbe », voir les pages 9 et 12 du document, au liensuivant :
http://www.sciencespobordeaux.fr/modules/resources/download/default/Fichiers/Admissions/BROCH_PROG_INTER_R2013_web.pdf

Programmes du « Pôle Caraïbe – Amériques noires et sociétés créoles »
L’activité de recherche de ce pôle se situe donc au niveau du groupe GRAMSCIT (Groupe de Recherche sur les Amériques Noires et les Sociétés Contemporaines Issues de la Traite européenne), codirigé par Christine Chivallon (géographe, anthropologue, CNRS) et Michel Cahen (historien, CNRS). Il comprend à la fois les opérations scientifiques conduites dans le groupe, les programmes de chercheurs, et les projets en cours. Le tout reste adossé au programme d’enseignement « France Caraïbe ».

Les objectifs de connaissance du GRAMSCIT sont de travailler sur la longévité des schèmes de vision sociale héritées, prolongées, réactualisées depuis le socle de l’expérience de la traite européenne et de l’esclavage, jusqu’aux espaces de notre contemporanéité.

Le projet DIACCREOS (Diasporas, Colonisation, Créolisation, et Savoirs)
DIACCREOS met en lien des chercheurs spécialisés sur la question des diasporas et souhaite valoriser la problématique propre à la circulation diasporique au travers de la notion de savoirs. Au moment où cette circulation (des personnes, des idées, des croyances, et de tout système de références attribuable à un groupe) est amplifiée par les nouvelles techniques de communication, il s’intéresse aux modalités possibles de fixation des savoirs et à leur matérialisation nécessaire dans la construction des liens sociaux. Ce projet mobilise plusieurs notions. 1/ Celle de « savoirs » est comprise ici comme l’ensemble des représentations engagées dans les registres constitutifs des identités sociales où qu’elles se déploient. 2/ Celle de « diaspora » implique la prise en compte d’expériences particulières de la mobilité et de la circulation sur la longue durée pour des groupes situés selon des ancrages multiples. 3/ Celle de créolisation insiste sur les processus de changement issus des conditions historiques de déploiement des trajectoires sociales entre les espaces de référence. 4/ Celle de matérialisation se concentre sur les systèmes symboliques pris dans ce mouvement, et à la manière qu’ils ont de s’incarner, de se fixer, de se solidifier ou de se sédimenter. La problématique est ainsi destinée à envisager les articulations entre changements et régularités, entre instabilités et stabilités, entre mouvements et constances. Le point de départ de cette réflexion consiste à affirmer que c’est au travers des savoirs, dans l’acception large qu’est donné à ce terme, que se concentrent les dynamiques de mise en œuvre des temporalités sociales. Les savoirs ont la charge de circonscrire les lieux et les milieux partagés, de les faire durer, de les déplacer ou de les contester.

Le programme « identités antillaises et mémoire de l’esclavage »
Ce programme constitue le volet des activités de recherche de Christine Chivallon. L’émergence récente de la revendication mémorielle concernant l’esclavage dans l’espace public français et en d’autres espaces nationaux associés aux anciennes métropoles coloniales a donné lieu à des réactions contradictoires allant de la reconnaissance spectaculaire à la remise en cause radicale. L’étude des politiques mémorielles montre ainsi la constitution d’une économie morale laissant s’instaurer un soupçon quant à la légitimité de cette mémoire, comme si celle-ci avait été soudainement inventée. Sur la base de ce constat où prédominent les aspects stratégiques des politiques mémorielles, l’objectif de ce programme a été de travailler sur la notion de « souvenir » pour la dissocier des répertoires instrumentalisés dans le champ politique. L’étude conduite dans les sociétés antillaises consisté à rechercher les traces laissées par des événements plus ou moins anciens mettant en scène le conflit ancestral entre maîtres et esclaves, traces retravaillées et relatées aujourd’hui par les « porteurs » de ces souvenirs.

 

  •  Afrique de langue officielle portugaise et lusophonies : identité, colonialité (Michel Cahen)

Michel Cahen, chercheur CNRS, de formation historien (mais membre de l'ED SP2) est spécialisé en histoire contemporaine de l'Afrique de langue portugaise (fin 19ème au 21ème siècle).. de retour début novembre d'une année au Département de sociologie de l'université de São Paulo dans le cadre des Chaires françaises dans l'État de São Paulo va d'une part continuer le projet de recherche et de publication commencé au Brésil sur le thème "Du colonial à la colonialité" qui va prendre la forme d'un programme ANR en 2014. Il participe au Groupe de recherche sur les Amériques noires et les sociétés contemporaines issues de la traite (Gramisci.t) dirigée par C. Chivallon. D'ailleurs, avec C. Chivallon également, il participe au programme PEPS "Domination coloniale/postcoloniale : expériences et constructions identitaires" dirigé par Laeticia Bucaille (Centre Émile Durkheim, université de Bordeaux Segalen). En 2013-2014, il maintiendra son activité d'encadrement, accueil et veille sur les étudiants lusophones présents à LAM et à Sciences Po Bordeaux, notamment au niveau des masters et doctorats et au sein de la Filière intégrée franco-portugaise dirigée par Patrick Zimmermann.

 

  •  Technologies de la communication et développement (Annie Chéneau-Loquay)

Personne ne nie plus désormais l’utilité d’Internet et du téléphone en Afrique même si les problèmes de base, approvisionnement en eau, énergie, alimentation ne sont toujours pas résolus. Au contraire, 15 ans après les débuts de l’expansion des TIC on est tombé dans l’excès inverse, les médias se sont emparés du sujet et l’accent est mis sur le « miracle » de la « révolution » du mobile et de ses extraordinaires possibilités pour le « développement ». Ainsi paradoxalement, l’Afrique qui apparaissait il y a dix ans comme un marché marginal est devenue selon le directeur de l’Union internationale des télécommunications « un espace d’innovation pour faire du business », celui où « les marchés offrent un énorme potentiel pour les investisseurs ».

Travailler sur l’insertion des TIC dans les sociétés c’est ainsi choisir un point de vue privilégié pour comprendre les transitions actuelles vers une « globalisation » des économies qui bouleverse les modes de vivre et de penser des sociétés. Des stratégies internationales portées par un discours mythique, jusqu’aux formes d’appropriation locales, notre ambition est en fait de présenter un point de vue critique sur les enjeux multiples dont ces technologies sont porteuses.

Le réseau Netsuds privilégie les approches pluridisciplinaires en abordant aussi bien la question des contenus et des usages que des accès. Aussi les angles d'analyse se basent-ils sur différents champs scientifiques comme l'économie, la géographie, les sciences politiques ou encore les sciences de l'information et la communication.

 

  • Relations entre culture et politique (Denis-Constant Martin)

Denis-Constant Martin travaille sur les relations entre culture et politique ; étude des représentations du politique à partir de l’analyse des manifestations culturelles, notamment des fêtes et musiques populaires ; méthodologie de l’enquête en anthropologie politique. Ses terrains se situent en Afrique orientale ; Caraïbes du Commonwealth et principalement depuis une vingtaine d’années Afrique du Sud (plus particulièrement la région du Cap), avec des « incursions » en Amérique du Nord et en France.

Ses travaux portent sur : l’utilisation en politique de ce qui est nommé « identité » ; la notion de créolisation ; les méthodes en sociologie politique des musiques populaires ; l’appréhension des configurations identitaires chez les habitants du Cap classés coloureds durant l’apartheid, à partir de l’analyse des répertoires musicaux et des fêtes du Nouvel an. Il participe à plusieurs projets en cours :
Sounding the Cape: Music, Identity and Politics in South Africa, 2013, African Minds, Stellenbosch, Afrique du Sud.

– Les significations sociale et politique de l’humour dans les « chansons comiques » (moppies) du Cap, dans le cadre de l’ANR GLOBAMUS (Création musicale, circulation et marché d'identités en contexte global) coordonnée par Emmanuelle Olivier (Centre de Recherches sur les Arts et le Langage, CRAL, UMR 8566 CNRS-EHESS).
– Le sens du beau dans les nederlandsliedjies (répertoire des « Malay Choirs » du Cap), critères de jugement esthétique dans les compétitions chorales et dispute sur les modèles culturels au Cap, dans le cadre du programme « Étude des critères du beau dans les musiques du monde », Laboratoire de Musicologie Comparée et Anthropologie de la Musique, Université de Montréal, Canada.
– « De La Rey, le général qui n’arrive jamais… Le trouble des jeunes Afrikaners dans l’Afrique du Sud post-apartheid, à partir du clip de la chanson ‘De La Rey’ ».
– Recueil de textes traitant de la sociologie des musiques populaires.

 

  •  Globalgender - Regards croisés sur la globalisation du genre (ANR Globalisation et gouvernance, 2012, porté par la Maison internationale des sciences de l’homme (MISHA) Strasbourg, (participation de Elisabeth Hofmann)

Mettant en perspective des recherches portant sur des contextes socioculturels contrastés, ce projet interroge le processus de globalisation du genre à l’aune de trois axes de réflexion (1) la production et la circulation internationale des normes en rapport avec l’égalité entre les sexes ; (2) les logiques pratiques et symboliques de la transnationalisation du féminisme ; (3) les modes de co-construction, de réception et les usages des répertoires internationaux dans des contextes nationaux localisés et historicisés.

Inscrit dans une optique résolument interdisciplinaire, le projet GLOBALGENDER développe une réflexion collective centrée sur l’hypothèse forte que le genre constitue une catégorie heuristique pour la sociologie politique de la globalisation. Il permettra ainsi de renouveler les réflexions et les méthodes de recherche sur les processus circulatoires compris dans leurs dimensions locales, nationales et internationales. Le décloisonnement théorique et pratique apporté par l’étude des modes de globalisation du genre permettra une étude imbriquée des phénomènes internationaux à différentes échelles, en saisissant in situ comment le genre témoigne d’une globalisation à multiples facettes : production et diffusion de normes de gouvernement à prétention universelle ; transnationalisation des répertoires d’action et des discours des groupes militants ; production internationale, transferts et circulations de savoirs de différents types (académiques et politiques notamment, mais aussi juridiques et économiques) ; multiplication et diversification des échelles d’action (locale/nationale/supra ou transnationale) et articulation entre ces échelles par l’intermédiaire d’acteurs multipositionnés et de réseaux qui croisent les espaces décisionnaires et d’action.

Le projet procède d’une méthode consistant à mettre en résonance plusieurs objets de recherche et plusieurs terrains autour d’une problématique partagée. Trois principes méthodologiques orientent ce travail collectif : a./ Étudier in situ et en variant les échelles d’observation la production et la circulation internationale des normes de genre ; b./ Décloisonner et dépasser les « aires culturelles » ; c./ Croiser différentes études de cas et des outils théoriques dans une optique interdisciplinaire

Les recherches de Elisabeth Hofmann concernent le « mouvement féministe » en Afrique francophone, entre son héritage colonial, des espoirs panafricains et une présence difficile sur la scène internationale.

 

Les programmes relevant de l'axe 3 portés par des partenaires

  •  MiPriMo : La migration prise aux mots. Récits, circulation des imaginaires et dynamiques sociales dans les migrations ouest-africaines (ANR Les Suds II / CEPED / Paris-Descartes, dirigé par Cécile Canut, participation de Daouda Gary-Tounkara)

Cette recherche pluridisciplinaire rendra compte des conditions d’élaboration et de circulation des récits sur les migrations sud-sud par les migrants eux-mêmes et par leurs proches. Cette circulation des récits et des discours sera étudiée à travers certaines productions culturelles locales (littérature, cinéma, média, chants, griots, etc.), afin de comprendre quel peut être son rôle dans les processus sociaux et politiques liés à la mobilité. Contrebalançant un déterminisme économique, cette recherche cherchera à mettre en évidence la portée des imaginaires, des mythes et des croyances sur les départs en migration. Au-delà de l’intérêt porté à la structuration des récits et aux imaginaires qu’ils déploient, ce projet vise à analyser les conditions de production discursive des récits ainsi que leur rôle dans les sociétés ouest-africaines. L’attention portée aux contextes de production permettra d’observer dans un premier temps quand, par qui, et avec quels desseins les récits et les discours sont élaborés, produits et énoncés. Il s’agira dans un second temps d’examiner comment ces récits sont ensuite appropriés, interprétés et réélaborés par les acteurs sociaux dans les chants, les chorégraphies, les littératures orales, les discours quotidiens et dans les médias (radio, télévision, films, internet). Enfin il s’agira de démêler l’enchâssement des récits dans les relations sociales et les rapports de pouvoir au niveau local, articulé à un niveau plus global.

 

Les programmes de l'axe 3 en construction

« Reconfigurer les théâtres d’Afrique : scènes locales et circulation des textes », déposé en 2013 (Maëline Le Lay)

Si la littérature et les arts produits par des Africains sont de plus en plus légitimés par la critique et le public, ce sont majoritairement les productions réalisées en diaspora en langues européennes qui bénéficient de cette reconnaissance grandissante, comme de l’intérêt de la plupart des chercheurs. Bien peu s’intéressent aux productions artistiques et verbales locales dans leur diversité linguistique en tant qu’expression d’une modernité et mode de construction de soi et du collectif. Une analyse comparée du fonctionnement du théâtre à partir de trois scènes locales en Afrique générera une réflexion collective et transversale sur la notion de littérature « locale » dans des sociétés particulièrement sensibles aux changements subis par une intensification de la circulation des personnes et des textes. Ce projet permettra de fédérer des jeunes chercheuses autour d’une approche des textes littéraires encore émergente en France, qui s’attache à les envisager avant tout comme des processus sociaux engendrés par des dynamiques locales.

Chercheuses impliquées :

- Mélanie Bourlet, MCF Langue et Littératures peules à l’INALCO, Paris 3
- Sophie Moulard, docteure en anthropologie, LAM
- Claire Ducournau, ATER à l’IUT Métiers du livre de Bdx 4, docteure en sociologie de la littérature

Ce projet est conçu comme le premier volet d’un projet collectif sur les expressions verbales et artistiques de différentes aires linguistiques et culturelles d’Afrique : la République démocratique du Congo et le Rwanda (français et swahili), le Togo (français et ewe) et le Sénégal (français et peul).

 

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