Rencontre avec Diana Villegas sur l’ordre juridique mafieux

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Rencontre avec Diana Villegas sur l’ordre juridique mafieux

7 janvier 2021 / 14:30 16:30

Le prochain séminaire « Sciences sociales du droit » reprend en janvier.
La première séance aura lieu le jeudi 7 janvier de 14h30 à 16h30, en distanciel.

Nous recevrons Diana Villegas, maître de conférences en droit privé et sciences criminelles à l’Université Paris II Panthéon-Assas. Elle présentera son ouvrage « L’ordre juridique mafieux. Étude à partir du cas de l’organisation criminelle colombienne des années 1980 et 1990 », paru aux éditions Dalloz en 2018.


Cet ouvrage s’accompagne d’un film documentaire: « A la frontière ».

Résumé de l’ouvrage :

La mafia, en tant qu’organisation soumise à des règles qui lui sont propres, avec sa hiérarchie et ses codes comme celui de l’Omertà, représente un véritable ordre juridique qui entre en contradiction avec la légalité et la structure de l’ordre juridique étatique.
Il paraît difficile, au premier abord, de soutenir une telle affirmation, car un ordre de ce type s’oppose aux critères étatiques et juridiques traditionnels. Bannis de la sphère juridique, les ordres illégaux (l’ordre révolutionnaire, l’ordre carcéral, l’ordre guérillero et bien évidemment, l’ordre mafieux) ont été relégués à la place d’infraétatique, ne rendant pas forcement compte de leur relevance dans les réalités sociales où ils opèrent.

La verticalité et le déséquilibre entre les ordres sont combattus par la proposition d’un pluralisme juridique plurale. Cette hypothèse explore la relation entre divers ordres (étatique, mafieux et communautaire) de nature contradictoire et dans un contexte violent. Elle représente un cadre épistémologique et méthodologique pour étudier les phénomènes illégaux sans toutefois les légitimer et permet d’intégrer les ordres juridiques démocratiques au côté d’ordres juridiques plus violents. Des auteurs, tels que Georges Gurvitch, Eugen Ehrlich, Max Weber, avaient déjà présagé et proclamé cette possibilité. Cette recherche renoue ainsi avec cette lignée classique du pluralisme juridique ainsi qu’avec les théories contemporaines du pluralisme juridique telles que le pluralisme juridique radical et le pluralisme juridique horizontal.

L’organisation criminelle du trafic de drogue en Colombie durant les années 1980 et 1990 sert de base à la réflexion. Cet exemple est riche d’enseignements du fait de l’imbrication des intérêts des narcotrafiquants, de l’État et des classes sociales. Une méthodologie de sociologie juridique interdisciplinaire a été mobilisée ayant comme objectif de faire émerger les ordres potentiellement subjacents. Pour cela, l’étude des pratiques, des discours et des représentations des professionnels du droit et des profanes a été nécessaire. En conséquence, il fut nécessaire d’aller sur place pour consulter les dossiers judiciaires, la loi positive, mais aussi pour réaliser des entretiens auprès de juges et d’opérateurs juridiques, montrant ainsi les frontières de la légalité et de l’illégalité avec les acteurs du droit au quotidien et permettant un regard réel et désacralisé du juridique. Outre les sources recueillies sur le terrain, le travail de recherche comporte un travail documentaire approfondi fondé sur la théorie du droit, la sociologie et l’anthropologie juridique, la théorie des sources ainsi que le droit pénal et la criminologie.

Ce travail de recherche explore ainsi la mafia pensée et vécue comme un ordre juridique sui generis à caractère contre-étatique, possédant une force normative sans limites.

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