Revisiter les analyses du changement dans les institutions financières internationales

Chargement Évènements

« Tous les Évènements

Revisiter les analyses du changement dans les institutions financières internationales

21 mai 2021 / 13:00 15:00

La cinquième session du séminaire Économie politique des capitalismes aura lieu le vendredi 21 mai de 13h à 15h en visio sur le thème : « Revisiter les analyses du changement dans les institutions financières internationales : vues d’Afrique Subsaharienne ».
Ce séminaire est coanimé par David Ambrosetti et Clémentine Chazal.

Lien de connexion : https://scpobx.zoom.us/meeting/register/tJMsf-GpqzksGdzuRwbF5gfhECVjkmMu3flX

Le tournant libre-échangiste des projets d’infrastructures de transport de la Banque mondiale

Sidy Cissokho – Sociologue, chercheur au CNRS, rattaché au laboratoire CLERSé, Université de Lille

L’expression « Consensus de Washington » est couramment utilisée pour désigner un ensemble de mesures d’inspiration libérale mises en œuvre à partir de la fin des années 1980 et principalement dédiées aux pays dits en voie de développement. L’emploi de cette expression homogénéisante tend cependant à appauvrir notre compréhension de ces politiques, de leur fabrique et de leur temporalité. Sur la base d’un travail d’archive centré sur l’ordinaire des pratiques et des relations de travail au sein de la Banque Mondiale, je propose de m’intéresser à la façon dont les projets d’infrastructures de transport de la Banque ont acquis une dimension libre-échangiste au sortir des années 1980. Ma présentation questionne alors certaines de nos certitudes à propos de ces mesures, de leur diffusion, et des groupes qui en ont été les promoteurs. Le tournant des projets d’infrastructures de transport de la Banque ne relève pas d’une conversion idéologique de ses employés au dogme néolibéral ; il est plutôt le produit d’une redéfinition des rôles à l’intérieur de l’organisation internationale. De plus, ce changement n’est pas porté par des économistes, mais par des ingénieurs. À partir de cet exemple, ma présentation appelle à porter une plus grande attention à la diversité des trajectoires historiques des politiques dites libérales plutôt qu’à leurs points communs.


« Petites transformations » ou « plus de la même chose » : le concept de changement dans les institutions financières internationales, via l’exemple de l’Afrique Sub-Saharienne

Alice Nicole Sindzingre – Visiting lecturer, SOAS, University of London ; chercheuse associée LAM (Sciences Po Bordeaux) et Centre d’Economie Paris-Nord (CEPN, Université Paris-Nord).

Les théories économiques ainsi que la gouvernance financière mondiale (institutions financières internationales telles que le FMI et la Banque mondiale) et les politiques publiques ont été confrontées depuis l’après-guerre à plusieurs crises planétaires (notamment la crise financière mondiale de 2007-08/CFM). Les débats demeurent vifs quant à savoir si ces crises ont entraîné des changements « réels » dans les théories, les institutions et les politiques économiques ou si ces dernières sont restées « d’une façon générale » inchangées. Une telle question, de fait, requiert une définition du concept de changement lui-même. En effet, le plus souvent, seuls les changements importants et visibles « à la Kuhn » sont qualifiés de changements. En contraste, dans une perspective hirschmanienne, les transformations peuvent se faire par de petits départs et innovations au sein d’un consensus, via des « réponses partielles, limitées et pragmatiques » qui peuvent être des ajustements erratiques dans les institutions et les politiques économiques : selon cette perspective, les théories économiques dominantes ont évolué depuis la CFM vers une plus grande ouverture à des concepts non mainstream (par exemple, celui d’instabilité). En outre, l’observation du changement dépend des échelles temporelles considérées (les approches historiques de long terme percevant des inerties ou des changements qui diffèrent de ceux perçus dans le court terme). Dans ce contexte, l’argument de la présentation est qu’une approche conséquentialiste du concept de changement dispose d’un plus grand pouvoir explicatif : des changements observables dans des résultats et des mécanismes causals « prouvent » les changements dans les paradigmes théoriques, les institutions et les politiques économiques. L’exemple des théories mainstream utilisées dans l’analyse des économies d’Afrique subsaharienne et les réformes de politiques économiques qui leur ont été appliquées montre que les changements ont été limités. Les paradigmes théoriques, les institutions de gouvernance financière et les politiques économiques qui leur sont associées soutiennent qu’ils ont changé depuis la CFM. Derrière les « innovations » dans les théories et les politiques économiques, cependant, les effets demeurent médiocres, et leurs mécanismes causals invoqués demeurent stables depuis les « décennies perdues » des années 1980-1990 : à savoir des théories s’appuyant sur des mécanismes d’irréfutabilité et absorbant les autres théories qui pourraient induire des changements, et des contraintes cumulatives générées par les processus d’« externalisation » (économies dépendantes de matières premières; prêts conditionnés à des réformes de politiques identiques dans le temps et l’espace). Plus qu’une transformation hirschmanienne via de petits changements, une perspective conséquentialiste suggère que les processus à l’œuvre sont davantage de l’ordre du verrouillage (lock-in) et de causalités cumulatives.