AAC – « Le développement dans le rétroviseur ! Récits et matérialités du passé du développement »

Appel à contribution pour un numéro thématique de la revue Anthropologie &
développement sur le thème « Le développement dans le rétroviseur ! Récits et matérialités du passé du développement ».

S’il était possible d’installer ce rétroviseur, qu’appendrait-on des acteurs situés à différentes positions dans un projet de développement ? Quelles images, forcément partielles ou déformées se dessineraient ? Quelles empreintes matérielles s’inscriraient dans le paysage ? Quels angles morts apparaitraient ? Quels éléments ces acteurs retiendraient-ils du chemin parcouru ? Dans cet exercice de convocation du passé, face à l’évaluateur ou au chercheur, traceraient-ils une seule et même carte du «développement» de leur territoire ? La même, aujourd’hui comme demain ? Et enfin, comment et dans quelle mesure ces mémoires influencent-elles les futures
interventions de développement ?

Ce dossier explorera les traces tangibles et intangibles des interventions de développement ainsi que leurs évocations. Il s’agit de donner de nouvelles perspectives sur l’aide au développement en opérant un double dépassement : celui des temporalités de l’approche projet et celui des cadres et outils utilisés pour évaluer l’aide. L’approche par la « mémoire du développement » nous conduira à interroger la traçabilité matérielle des interventions dans le territoire, ainsi que leurs traces immatérielles dans les récits, les pratiques et les savoirs. Un des enjeux de ce dossier sera d’ailleurs de considérer ces deux dimensions de manière simultanée et dynamique. L’attention sera notamment portée sur les discours et les représentations de celles et ceux dont la voix porte « moins » dans la sphère du développement. Alors que, pour des raisons procédurales et de redevabilité les études d’impacts et les évaluations cherchent l’imputabilité d’un projet ou d’un programme dans le changement social, la mémoire du développement nous offrira la possibilité de sortir de l’espace temporel et socio-territorial du projet. L’analyse de la mémoire permettra aussi de montrer d’autres formes de maillage de la diffusion, par réseau ou capillarité, des innovations et des supposés changements occasionnés par un ou plusieurs programmes ((Comme l’ont mis en lumière Crewe et Harrison sur le fish-farming et les étangs à poissons Whose Development?: An Ethnography of Aid, London ; New York : New York, Zed Books, 1998.)). Il s’agira aussi de proposer une réflexion méthodologique et empirique sur la manière de travailler les mémoires du développement et leur utilisation au quotidien par les individus. Ce dossier interrogeant les rapports aux temps et aux imaginaires de développement, il ne faudra pas exclure de franchir la frontière chronologique que constituent les indépendances des pays africains afin de questionner le poids de l’héritage colonial ((Et notamment les permanences du discours modernisateurs dans les mémoires, voir par exemple Frederick COOPER et Randall M. PACKARD, International Development and the Social Sciences: Essays
on the History and Politics of Knowledge, University of California Press, 1997.)) dans les discours et les représentations du passé. Les souvenirs et les traces du développement demeurent en effet des objets mouvants et perméables soumis aux vicissitudes du temps.

Ce dossier proposera ainsi de nouveaux éclairages sociologique, historique et anthropologique sur les interventions de développement et leur mémoire tangible et
intangible. Les contributions attendues impliqueront des savoirs professionnels et
académiques qui permettront, à l’aide de données empiriques et de discussions
méthodologiques, d’interroger à partir de représentations passées un développement
« au présent ».

Dossier coordonné par Matthieu Brun (LAM-SciencesPo Bordeaux) et Franck
Fortuné (LAM-SciencesPo Bordeaux, SO Coopération).

Les propositions d’articles doivent être soumises avant le 31 décembre 2020 à Frank
Fortuné (f.fortune@socooperation.org) et Matthieu Brun (matthieu.brun@scpobx.fr),
ainsi qu’à la rédaction de la revue (revue@apad-association.org).