Arouna MEFIRE NSANGOU – invité de septembre 2021 à février 2022

Arouna MEFIRE NSANGOU termine son séjour à LAM qui a duré du 1er septembre 2021 au 28 février 2022 (référente : Céline Thiriot).

Arouna est inscrit en thèse en science politique à l’Université de Dschang au Cameroun avec pour thème de recherche : « Les actions internationales des autorités traditionnelles camerounaises ». Ce travail se propose ainsi de mener une réflexion sur les interconnections des chefs traditionnels camerounais avec des acteurs extérieurs (ONG, acteurs publiques, réseaux…), autour d’un enjeu de développement du territoire local.



Quelles ont été vos motivations pour choisir cette thématique ?

Je peux citer deux motivations principales.

Tout d’abord, une motivation personnelle.  Je viens du Cameroun et dans ma communauté, les chefs traditionnels sont très importants, ce sont des administrateurs locaux qui rendent la justice et subviennent aux besoins des populations. Ce sont les dépositaires du pouvoir coutumier et ancestral. Ils exercent les pouvoirs de régulation dans les communautés bien longtemps avant l’avènement de la colonisation. Avec les indépendances, les chefs qui avaient été dévalués durant la colonisation ont récupéré leur pouvoir et leur capacité d’agir.

La deuxième motivation est d’un point de vue socio-économique et scientifique. Avec la crise économique, l’état camerounais a failli à répondre aux besoins de la population. Les chefs traditionnels ont donc dû se réinventer, en s’ouvrant et en se connectant à l’international avec le concours de la mondialisation. Mais dans les recherches sur les relations internationales, les chefs sont quasiment ignorés, on remarque une pauvreté dans la littérature à ce sujet.

Ce sont ces contrastes qui m’ont amené à m’intéresser à cette problématique.

Vous allez bientôt achever la rédaction de votre thèse, quelles idées majeures avez-vous pu dégager de vos recherches ?

Le premier constat qui ressort est que les chefs traditionnels se mettent progressivement en réseau avec les forces trans-nationales par l’intermédiaire des diasporas, et aussi par leur capital social personnel composé de leur réseau personnel et professionnel. Ils ont ainsi développé des chefferies de communautés dans les nombreuses métropoles qui accueillent leurs ressortissants à travers le monde. Ils désignent leurs représentants et les y installent. Les chefs font aussi des tournées au sein de ces communautés.

Cette diaspora et le capital personnel du chef peuvent ensuite mettre en lien les chefferies avec des ONG et diverses instances de coopération internationale. Ce réseau permet aux chefs d’agir localement via des contrats de coopération et de développement sans avoir nécessairement besoin de passer par l’État central.

Mes recherches consistent à analyser les enjeux, les échanges et le fonctionnement de ce système, mais surtout leurs retombées pour les populations locales. Je trouve intéressant d’étudier cette thématique sous cet angle, qui semble novateur, d’anthropologie des relations internationales car on observe clairement que cela allie science politique, relations internationales et anthropologie.

Comment votre étape à LAM vous a aidé ?

Je suis bénéficiaire d’une bourse du gouvernement français de Séjour Scientifique de Haut Niveau (SSHN) pour chercheur junior, ce qui a permis de financer mon séjour à LAM en vue de la finalisation de la thèse.

LAM est un centre de référence dans les études africaines. Le laboratoire a une très bonne réputation qui est justifiée selon moi. J’ai apprécié avoir accès à du bon matériel (connexion Internet, nombreux ouvrages, notamment numériques). J’ai trouvé le personnel accueillant. Les chercheurs rencontrés à LAM ou au laboratoire PASSAGES étaient très expérimentés et ouverts à la discussion et au partage de connaissances. Pour toutes ces raisons, je formule l’espoir d’une collaboration saine avec ce laboratoire.

Contact

Interview réalisée le 23 février 2022.