Victoria Bernal – invitée à LAM du 01/07/21 au 31/03/22



  • Venue dans le cadre de la bourse franco-américaine Fulbright, qui soutient les projets d’étude et de recherche des étudiants, doctorants et chercheurs, Victoria BERNAL est anthropologue culturelle et professeure à l’Université de Californie à Irvine (UCI).
  • Durant son séjour à LAM, 1er juillet 2021 au 31 mars 2022, elle a travaillé sur les thèmes des diasporas africaines, des identités et citoyennetés et des médias numériques.

Pouvez-vous expliquer vos recherches ?

Durant mon séjour à LAM, je me suis intéressée plus spécifiquement aux réfugiés de l’Erythrée. Je voulais savoir comment cette diaspora utilise les médias numériques pour participer à la politique de l’Erythrée et comment ils les utilisent pour s’organiser politiquement.

Je voulais comprendre la complexité de leur relation avec la nation Erythréenne et quels mécanismes les amènent à parfois soutenir ou contester le chef d’Etat et la dictature en place. J’étudie également la créativité dont ils font preuve pour s’exprimer, parfois avec humour, avec ironie.

En résumé, ce qui était intéressant pour moi était de comprendre comment ils arrivent à des perspectives critiques sur l’Etat et leur façon originale d’employer la ressource des média numériques.

Je remarque que les diasporas essayent d’agir, dans un sens, comme la société civile qui ne peut pas exister là-bas. Parmi les motivations des personnes qui soutiennent le gouvernement, il y a une peur de voir disparaitre l’indépendance, la nation même d’Erythrée. Il faut savoir que c’est le seul président qui a été au pouvoir depuis l’indépendance en 1993 acquise face à l’Ethiopie.

Concernant les médias sur lesquels j’ai porté mes analyses, il s’agit de sites web créés par les diasporas érythréennes.

Ces médias numériques changent les frontières car ils permettent de se rejoindre en ligne depuis les nombreux pays accueillant ces diasporas, et de créer une sorte d’espace Erythréen qui existe à part de l’Erythrée. Sur ces plateformes les thématiques de l’Erythrée sont omniprésentes, et les langues utilisées sont un mélange d’Anglais d’Arabe et de Tigrinya.

Quelles étaient vos motivations pour vous intéresser à ces problématiques ?

Depuis mon enfance, je me suis intéressée à l’Afrique, je la trouvais mystérieuse. J’ai donc fait mes études en anthropologie avec une spécialisation sur l’Afrique de l’Est (Soudan, Tchad, Tanzanie). J’ai ensuite rencontré mon mari qui est érythréen et j’ai commencé à étudier ce pays en particulier.

Je lis beaucoup sur de nombreuses diasporas et parmi les spécificités de cette diaspora, il me semble qu’elle est plus engagée politiquement, quand d’autres sont plus portées sur le commerce de produits originaires de leurs pays.

Comment votre étape à LAM vous a aidée ?

J’ai doublement apprécié d’être à LAM.

En premier lieu, être dans une communauté universitaire où tout le monde travaille sur des thématiques africaines et connaît les politiques africaines des différents pays du continent est très enrichissant. Dans mon université en Californie, j’ai quelques collègues africanistes mais ils sont peu nombreux par rapport à LAM.
La bibliothèque LAM est très bien fournie aussi.

En deuxième lieu, durant mon séjour, je voulais apprendre tout ce que je pouvais sur l’expérience africaine en France. Par exemple, j’habitais vers la place de la Victoire, où il y a une forte communauté venant d’Afrique. J’ai aussi eu l’occasion d’écouter Pap Ndiaye nous parler du Musée de l’Immigration qu’il dirige à Paris, et de tous les efforts qu’il a dû faire pour changer les mentalités.
J’ai été surprise de savoir que Black history month était célébré en France. J’ai ainsi profité de mon séjour pour faire des activités et des recherches sur la façon dont la France perçoit son histoire, en lien avec l’histoire de l’Afrique et la question actuelle des migrants.

Je vois que la France est dans un moment important de son histoire, et que le pays a des opportunités pour amener des changements majeurs.

Mon séjour m’a donné des idées pour faire de plus amples recherches en France.

Interview réalisée en avril 2022